Sur le canevas assez étriqué du film “d’enfant diabolique”, Jaume Collet-Serra livre une œuvre déviante où la direction artistique classieuse contraste avec quelques séquences sombres et malsaines. L’orpheline n’épargnera personne!
Le pitch
Un couple fragilisé par la mort d’un enfant adopte Esther, jeune orpheline originaire de Russie. Malgré les réticences du fils ainé face à cette nouvelle arrivante, de surcroit habillée comme au siècle dernier, Esther semble s’intégrer à la famille et, apparemment touché par sa surdité, noue une relation forte avec la petite soeur. Mais après avoir rapidement saisi les blessures secrètes fragilisant cette famille, Esther entame un jeu pervers de manipulations et d’oppression, n’hésitant pas à recourir à la violence la plus brutale dès lors que sa véritable identité s’apprête à être révélée lors d’un twist bien barge.
Verdict
Un film outrepassant allégrement plusieurs tabous sur l’enfance, qu’ils soient liés au sexe, la vieillesse ou à la mort, et s’achevant sur un dernier tiers en forme de thriller hyper-tendu. Rien que pour cela ainsi que la jolie mise en image générale - l’effet “campagne sous la neige” marche toujours - allez voir “Esther”, l’anti-film de Noël…
The Box, film tant attendu après l’expérience bordélique que fut Southland Tales est une énorme déception.
Critique:
Un couple fauché (Cameron Diaz et James Mardsen, tous deux excellents) se voit proposer un marché par un vieil homme sorti de nulle-part et muni d’une étrange boite surmontée d’un bouton rouge (vu de haut, c’est le HAL 9000 de Kubrick). Choix 1: appuyer sur un bouton, récolter 1 million de dollars mais provoquer la mort d’une personne inconnue. Choix 2: Ne pas appuyer sur le bouton…
On attendait un Richard Kelly un peu calmé sur ses délires plus grands que lui. Moins poseur dans son statut de génie incompris. Après une mise en place classique qui nous fait espérer pendant vingt minutes un thriller paranoïaque bénéficiant d’une réalisation d’orfèvre, le film part évidemment en oblique totale de cette introduction, se vrillant entre deux citations de Sartre et un mystérieux complot entourant la mission Viking sur Mars, accumulant les scènes plus ridicules qu’inquiétantes - et pourtant c’est peu dire que je suis fan des “Twilight Zone“, “Invasion des profanateurs” et autres métrages paranoiaques des seventies - pour se conclure sur un climax complétement gratuit, histoire de servir un peu de soupe émotionnelle au spectateur. Richard Kelly ressort pour le coup ses CGI “effets aquatiques en apesanteur” déjà présents dans Donie Darko et sorti d’un Abyss, convoque l’au-delà, le mythique - la femme et la boite de Pandore, très nouveau millénaire comme thématique - et les conspirations extraterrestres sans évidemment jamais pousser un peu plus loin que la simple évocation frustrante.
Et pourtant cette idée de test, de mettre littéralement le sort du monde entre les mains d’un couple sans histoire et ignorant la portée de leur décision, était simpliste mais belle… Mais comme cela fut le cas pour la série “X Files“: la vérité est définitivement nulle-part chez Richard Kelly.
Pour Halloween, s’organisait une première nuit zombie au Nouveau Latina avec notamment la projection du film « Zombieland » (« Bienvenue à Zombieland » chez nous) en avant-première.
Il est minuit moins le quart et déjà une petite foule squatte devant le Nouveau Latina, petit cinéma d’art et d’essai situé vers l’Hôtel de Ville. Quelques zombies échappés d’une parade organisée cette après midi se masse devant la caisse, certains ayant bénéficié des talents d’une maquilleuses plutôt habiles en relooking de mort-vivant. Une fois dans la salle, l’ambiance est décontractée et l’un des organisateurs, survolté, chauffe la salle.
Après deux fausses BA hilarantes suivi de la BA originale de « Flic ou Zombie » (« il faut choisir » nous dit la voix off au milieu de punchlines bien kitsch) et celle de « La Horde », commence « Zombieland » de Ruben Fleischer, récent carton inattendu du box-office US.
Zombieland, la review
Comme son titre l’indique, ce n’est pas le monde des humains qui sert de décor à « Zombieland » et le concept de revenants cannibales est ici connu et accepté par tout ce qui reste d’une humanité dépossédée de son territoire. Les personnages survivent dans ce monde depuis quelques temps et le film s’éloigne donc de l’axe trop exploité du réaction/adaptation au phénomène zombiesque. Une autre qualité de taille et conséquence de ce postulat de départ est le refus de tomber dans l’hommage facile et l’utilisation de clichés surexploités tel que « le huit-clos dans une maison assiégée », « la scène de l’exécution du pote contaminée » ou bien « la morsure que l’on dissimule au reste du groupe ». S’amusant parfois de ces passages obligés du genre - les deux sœurs s’en servant d’ailleurs pour arriver à leurs fins - « Zombieland » propose véritablement quelque chose de neuf.
Après un magnifique générique enchainantdes scènes d’attaques au ralenti sur le « For Whom The Bel Tolls » de Metallica, le film démarre sur un jeune adulte énumérant quelques-unes des règles de survies dans « Zombieland ». Des règles illustrées par de courtes séquences comiques dans un style décalé et astucieux rappelant « Fight Club ». « Zombieland » emprunte son cadre au genre du « film de zombies » mais se déroule comme un teen-movie et suit le jeune geek dans un périple initiatique qui débouchera sur une amitié entre des personnages très caractérisés. A chacun, au début du métrage, sa quête : les deux sœurs veulent oublier le contexte apocalyptique en passant une soirée dans un parc d’attraction, le dur-à-cuir cherche le dernier Twinkie de l’humanité tandis que le geek cherche à rejoindre sa famille ou, tout du moins, le contact d’autres humains. La vraie trame du film suit alors la recréation progressive d’une famille, du moins d’un lien humain, dans une situation apocalyptique qui appelle plus facilement le repli individualiste. La peur de la perte alors que l’on a déjà tout perdu. Avec sa galerie d’outsiders et leurs difficultés à vivre en groupe, le film se pose un peu dans la veine des films de Judd Apatow et des comédies indie sortie récemment. On retrouve par exemple au casting Jesse Eisenberg, ici figure de geek intello sentimental et quasi réplique de son personnage dans le bouleversant « Adventureland », ainsi que la révélation de « Little Miss Sunshine », la jeune Abigail Breslin.
Avec un humour omniprésent et qui culmine avec l’apparition hilarante de Bill Murray dans son propre rôle - quasiment un adoubement – « Zombieland » n’effraie pas mais enchaine des séquences de fuites et d’attaques jouissives tant pour les fans du genre que pour les non-initiés.
Et il faudrait aussi revenir sur la prestation de Woody Harrelson tant il crève l’écran dans cette défroque de Redneck bourrin adepte du Zombicide et fan de « Ghostbuster ». Un personnage bien écrit - malgré une dimension tragique amenée un peu maladroitement – et immédiatement charismatique.
Zombieland est donc une très bonne surprise. «Un « Shawn of the Dead » débarrasé de tout référentiel et d’adressant à un public plus large que celui des seuls fans de « films de genre ».
Rovdyr/ManHunt/Chasse à l’homme - 2008 - Réal : Patrik Syversen
L’histoire
Dans la Norvège des années 70’s, quelques bouseux décidèrent de mettre un terme au fléau hippie en organisant des chasses à coures forestières. Les victimes étaient des jeunes hommes barbus et des filles en minishort trop short. Quand le son du Cor résonne, tu as intérêt à courir vite !
Les personnages
La Norvège semble ici bien représentée selon l’imaginaire masculin moyen : deux filles canons, le charme des 70 en bonus, et deux mecs qui ne ressemblent à rien, gueule de nerds mal rasés et un brin machiste. Ces djeuns se baladent donc en van rouge au beau milieu de la campagne et on ne saura rien de leur destination…
Les bad guys ne ressemblent pas à grand-chose à part à des chasseurs muets qui auraient oublié le concept de douche. Au lieu de parler, ce gang a préféré plus de poésie en imitant les oiseaux. Et en bons joueurs, ils s’amuseront à disperser le groupe dans une forêt tapissé de pièges en tout genre.
La référence : Le remake de Massacre à la Tronçonneuse
Une référence assez évidente tant par l’ambiance seventies et ces jeunes gens en trip estival, le personnage de l’autostoppeuse apparemment rescapée ou l’utilisation un peu trop phallique d’un fusil tel Leatherface dans « Massacre à la Tronçonneuse 2 ». Pour le reste, Rovdyr ne propose rien de nouveau et reste sur les sentiers battus par une centaine de films depuis « Délivrance ».
Le gore
A part une première scène assez gratinée, le film évite la surenchère gore même si les scènes de violence sont nombreuses et variées. Les chasseurs sont sans pitié et utilisent fusils, armes blanches et pièges à loup pour mener à bien leur trip.
Le bien
Pas de temps mort - heureusement d’ailleurs pour un film qui dure 1h10 - et les deux derniers tiers passent d’une traite.
La réalisation alterne scope classe sur plans serrés sur les victimes, accentuant l’effet d’écrasement des proies par la nature sauvage et omniprésente. L’étalonnage de l’image un peu too much au début s’accorde bien avec l’ambiance et l’urgence de la suite.
Le passage de la victime qui se fait meurtrière est un peu plus crédible que dans les autres films du genre. Mention bien pour l’interprétation, les acteurs se sont visiblement réellement investis dans leurs rôles.
Le moins bien
Si tu a vu plus d’une vingtaine de survivals ou slashers dans ta vie, tu n’iras pas voir ce film pour être surpris par quelques originalités du scénario.
Tu es en pleine campagne, ta copine s’est faite mordre par un mec bizarre, les habitants ont l’air chelou et tu transporte une autostoppeuse qui semble rescapée d’une loge de l’enfer, qu’est-ce que tu fais ? Tu balances les clés de la voiture dans la nature juste pour faire chier le copain de ta meilleure amie alors qu’un véhicule menaçant s’est arrêté 50 métres devant. C’est ça le début de Rovdyr et ça craint quand même un peu.
Le look « total gros beauf gras du bide » des chasseurs rend un peu moins crédible leur aptitude à chasser et se mouvoir comme de jeunes Predators.
Lazy verdict
Malgré un scénario sans surprise, Rovdyr reste un bon survival forestier à la réalisation bien pensée et mené à un rythme frénétique.
La dernière maison sur la gauche (remake, 2009, réal: Dennis Illiadis)
L’histoire
Deux familles : l’une, « normale » et accueillante, compte passer un week-end tranquille dans sa grande maison au bord d’un lac. L’autre, « déviante » et en cavale, tourne à la violence et à la satisfaction immédiate de ses désirs. Il suffira d’une victime de trop pour que l’opposition morale entre ces deux groupes se brise avec brutalité.
Familles, je vous aime….
Les personnages
Mari, jeune fille vierge comme son prénom l’indique, est une championne de natation partie en vacances avec ses parents puisque c’est ce que font les filles sages. Sa pote, Paige, préfère la beuh et c’est bien dommage pour elle (elle bosse d’ailleurs dans un trou paumé, c’est ça de fumer des pétards au lieu de réviser).
La famille de psychopathes comme toute famille recomposée est plutôt bigarrée. Tu retrouves ainsi Justin, pauvre ado typique qui a honte de ses parents. Il ramène deux filles chez lui pour un plan à trois mais s’étonne que sa famille recherchée par la police les prenne en otage. Krug, le père de famille est aussi psychopathe qu’un Freddy Kruegger en moins griffu. Sadie est bien sûr un peu sadique et Francis est le chouchou de la famille, toujours prêt à prendre la relève de Krug.
“Chéri, je t’avais dit qu’il fallait l’acheter cette tronçonneuse!“
Le gore
On retiendra quelques actes de violences assez graphiques envers les forces publiques ainsi qu’une scène finale à la limite du gag. C’est mieux comparé au final original et son attaque à la tronçonneuse plutôt ridicule mais Dennis Illiadis finit sur une touche un peu moins réaliste qui aurait pu intervenir après le générique tant elle semble en décalage.
Le plus éprouvant reste logiquement la scène de viol filmée brut et sans la musique country débilitante de l’original.
Le bien
Une réalisation et des interprétations soignées pour un film qui se place sur le haut du panier des sorties de « film de genre ».
L’histoire est simple mais très bien menée. Le film réserve d’ailleurs quelques bons moments de tension s’achevant généralement très brutalement.
Famille désœuvrée cherche toit pour mourir tranquille.
Le moins bien
Les éventuels fétichistes de l’original crieront au scandale quant au sort de l’une des deux victimes.
Depuis ce film, j’ai arrété de me servir de mon micro-onde comme un sèche-cheveux.
“Tout ça pour un pauvre pét’ de beuh alors que mon frère fait ses études à Amsterdam…”
Lazy verdict
Ce remake d’un film réputé maintenant classique surpasse l’original, film maintenant daté et largement surestimé. Après l’excellent remake de « La colline a des yeux », c’est à croire que la filmographie de Wes Craven a un fort potentiel pour ce type d’exercice et les fans de genre peuvent maintenant attendre un peu plus rassurés le remake des « Griffes de la Nuit ».
Le trailer
Bonus
Avant d’incarner Mary, l’actrice Sara Paxton avait déjà dû prendre des cours de natation pour « Aqua Marine » où elle jouait une créature mi-thon mi-top modèle.
Sous ce titre de comédie familiale disney pour gamin en manque de propagande parentale, « Mum & Dad » jette une pauvre ressortissante polonaise dans les griffes d’une famille dégénérée très éloignée de la légendaire classe british. Ses collègues tellement serviables à son boulot de ménagère d’aéroport le sont beaucoup moins une fois Lena séquestrée chez eux, à la merci de leurs « parents adoptifs ». Pour survivre : se faire adopter par la mère, quitte à prendre quelques coups de scalpels, et éviter ainsi de voir débouler le père, toujours prêt à calmer le jeu de manière très brutale. Mais dans ce nouveau contexte familial cauchemardesque, les crises de jalousie entre sœurs peuvent faire très mal.
Les personnages
Le film suit donc le calvaire de Lena, immigrée polonaise qui a un peu plus de jugeote que la victime moyenne de film de genre. Birdie est la fille adoptive en place dans la maison, elle sert d’appât pour ramener de nouveaux enfants potentiels. Albie est le frère muet et un peu débile qui ne sert pas à grand-chose jusqu’à la fin du métrage. Le couple star, Mum et Dad, compte deux personnalités ne partageant pas les même perversions: alors que Mum préfère la scarification, Dad est plus à emporter ses enfants dans son établie pour les punir comme un tortionnaire expérimenté.
Le gore
La violence reste la plupart du temps hors-champs mais les séquelles physiques et quelques plans sur des cadavres, parfois à moitié vivant et mis en scène de façon macabre, sont là. Ajoutez à cela les mœurs sexuelles plutôt dégueulasses du père et l’atmosphère reste bien glauque et pesante jusqu’à la fin.
Le bien
Un métrage prenant dans son ensemble et des moments de tension appréciables.
Une atmosphère étouffante et du glauque franco. Le film dépasse le stade de l’horreur graphique facile pour livrer quelques scènes emplies d’une perversité complètement malsaine.
Olga Fedori, victime quasiment muette tout le long du métrage assure loin des habituelles victimes bimbos éplorées.
Le moins bien
Un scénario qui s’étire un peu en longueur et une réalisation peu ambitieuse et typique d’une école socio-réaliste anglaise.
Le film peine à renouveler un minimum le genre, nous resservant l’inévitable personnage de membre de la famille, muet et simplet, dont le sens moral innée basculera finalement du côté de la victime. Et niveau référence, l’apparition d’un membre de la famille en décomposition avancée, plusieurs scènes de dîner ainsi que la séquence finale calquent d’un peu trop près le “Massacre à la Tronçonneuse” original.
Le “dad” et la fille, Birdie, sont un peu over-the-top. Papa a un peu trop tendance à répéter les même blahblah sur l’importance de la famille.
Lazy verdict
Un film à voir même s’il n’est pas la claque annoncée. « Mum & Dad » reste un film prenant doté de quelques séquences marquantes. Ce type d’ambiance malsaine est relativement inédites au sein des centaines de bandes horrifiques aseptisées et oubliables aussitôt. A se procurer pour l’instant en import.
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